Test lactate : le protocole P3, et ce qu'il mesure de plus
Le bilan lactate est un test de performance en paliers de trois minutes, avec masque d'analyse des gaz et un prélèvement de sang capillaire à la fin de chaque palier. C'est le seul protocole du laboratoire qui mesure l'économie de course, l'oxydation des graisses et des glucides, et le MLSS. La raison tient en un mot : l'état stable. Trois minutes suffisent pour que ta consommation d'oxygène se stabilise à l'intensité du palier ; une minute, non.
Le déroulé du test
Même installation qu'un bilan Performance : poids, taille, ceinture cardiaque, masque relié à l'analyseur de gaz. S'y ajoute le matériel de prélèvement.
Le test se découpe en paliers de trois minutes à intensité constante. À la fin de chacun, la course s'arrête quelques secondes : une goutte de sang est prélevée au bout du doigt ou au lobe de l'oreille, analysée sur place, et l'intensité repart un cran au-dessus. Tu continues jusqu'à ne plus pouvoir tenir le palier suivant.
Compte environ 55 minutes de test, prélèvements compris, et un peu plus d'une heure sur place. Le rapport arrive sous 48 heures. Le prix et les centres qui le proposent sont sur la page du bilan Lactate.
Pourquoi des paliers de trois minutes
Quand tu passes à une intensité plus élevée, ta consommation d'oxygène ne saute pas instantanément à sa nouvelle valeur : elle y monte progressivement, en deux à trois minutes. C'est ce délai qui commande tout le reste.
Sur une rampe d'une minute par palier, la charge augmente plus vite que la réponse. La consommation d'oxygène mesurée à la fin d'un palier ne correspond donc pas à l'intensité de ce palier : elle correspond à une intensité inférieure, franchie une minute plus tôt. Ce décalage ne gêne pas la mesure du plafond — la VO2max est un maximum, pas une correspondance — ni celle des seuils ventilatoires, qui se lisent à des ruptures de pente. Il interdit en revanche toute mesure qui rapporte une consommation à une allure.
Sur des paliers de trois minutes, la consommation a le temps de se stabiliser avant la fin du palier. La valeur relevée correspond réellement à l'intensité tenue. C'est cette correspondance qui rend mesurables l'économie de course et l'oxydation des substrats.
Le lactate suit la même logique, avec une raison supplémentaire : un prélèvement ne dit pas si la concentration est stable ou en train de monter. Il faut plusieurs paliers assez longs pour distinguer un équilibre d'une accumulation. C'est la définition même du MLSS, l'état stable maximal.
Ce que ce protocole mesure en plus
Le bilan lactate donne tout ce que donne un bilan Performance — VO2max, VMA, seuils ventilatoires SV1 et SV2, fréquence cardiaque maximale — et y ajoute cinq mesures que la rampe ne permet pas.
Économie de course
Le coût en oxygène d'un kilomètre parcouru, en millilitres par kilo et par kilomètre, à une allure sous-maximale. C'est le facteur qui sépare deux coureurs de même VO2max : à moteur égal, celui qui consomme moins pour aller à la même vitesse va plus loin, plus longtemps. Elle se mesure sur un palier stabilisé, jamais sur une rampe.
Oxydation des substrats
La part de graisses et de glucides que tu brûles à chaque intensité, en grammes par minute. Elle se déduit du rapport entre le gaz carbonique rejeté et l'oxygène consommé, par les équations de Frayn. Ce rapport n'est interprétable qu'à l'équilibre : lors d'une montée rapide en intensité, une partie du gaz carbonique expiré ne vient pas du métabolisme mais du tamponnement de l'acidité, et la lecture serait faussée.
FatMax
L'intensité à laquelle ton oxydation des graisses est la plus élevée, exprimée en pourcentage de ta VO2max. C'est le repère des sorties longues et de l'endurance à jeun, et le point à partir duquel la bascule vers les glucides s'accélère.
Ligne de base du lactate
Ta concentration de lactate sanguin au repos et sur les premiers paliers, en millimoles par litre. Ce n'est pas une mesure de performance : c'est la référence contre laquelle tes deux seuils lactiques sont lus. Sans elle, une élévation ne se distingue pas d'un niveau de départ élevé.
LT1, LT2 et MLSS
Les trois repères de la courbe de lactate. LT1 est la première élévation nette au-dessus de la ligne de base : la borne haute du domaine vraiment confortable. LT2 est l'envolée confirmée par un palier supérieur : au-delà, tu produis du lactate plus vite que tu ne l'élimines. Le MLSS est l'intensité la plus haute à laquelle la concentration se stabilise encore au lieu de monter — l'état stable maximal, et le seul des trois qui exige des paliers longs pour être établi.
Ces trois repères sont placés à la main par le physiologiste sur ta courbe, et rendus en allure et en fréquence cardiaque. Ils sont distincts des seuils ventilatoires SV1 et SV2, qui viennent des gaz : ce sont deux lectures du même effort par deux méthodes indépendantes, et le protocole P3 est le seul qui donne les deux le même jour.
Ce qu'il faut savoir avant
Le prélèvement capillaire est une piqûre au bout du doigt ou au lobe de l'oreille, répétée à chaque palier. Il demande un préleveur présent pendant tout le test, ce qui explique que ce bilan ne soit pas proposé dans tous les centres.
Sur 234 tests en analyse des gaz réalisés au LAB, le premier seuil ventilatoire se situe en médiane à 76,0 % de la VO2max et le second à 89,5 %. Ces médianes ne disent rien de ton cas : c'est l'étendue entre les personnes qui justifie de mesurer plutôt que d'estimer.
Questions fréquentes
Quelle différence avec un test VO2max classique ?
Le format des paliers. Un bilan Performance se court en rampe d'une minute : il donne la VO2max, les seuils ventilatoires et la FC max. Le bilan lactate se court en paliers de trois minutes avec prélèvements : il donne tout cela, plus l'économie de course, l'oxydation des substrats, le FatMax et les trois repères lactiques.
Combien de piqûres ?
Une par palier, au bout du doigt ou au lobe de l'oreille, plus une au repos. Le nombre dépend du nombre de paliers que tu tiens.
Pourquoi le test est-il plus long ?
Parce que chaque palier dure trois minutes au lieu d'une, et que le prélèvement prend quelques secondes entre deux paliers. Compte environ 55 minutes de test.
Le lactate remplace-t-il les seuils ventilatoires ?
Non, il les double. Les seuils lactiques viennent du sang, les seuils ventilatoires viennent des gaz expirés : deux méthodes indépendantes sur le même effort. Le protocole P3 est le seul qui donne les deux le même jour.
Est-ce disponible partout ?
Non. Le prélèvement demande un opérateur dédié présent à chaque palier. La disponibilité par centre est indiquée au moment de la réservation.
Faut-il être à jeun ?
Non, et c'est même déconseillé : l'oxydation des substrats se mesure sur un état nutritionnel habituel. Les consignes précises te sont envoyées avant la séance.
Deux lectures du même effort, le même jour
Seuils ventilatoires et seuils lactiques, économie de course, oxydation des substrats et MLSS, mesurés sur paliers longs.
Voir le bilan LactateDonnées anonymisées · contenu informatif, sans portée médicale