La VO2max des champions : ce qui est mesuré, ce qui est rapporté, ce qui est inventé
101 pour Blummenfelt, 96 pour Pogačar, mystère complet pour Ingebrigtsen, Sawe ou Kejelcha : les VO2max de champions qui circulent mélangent trois statuts très différents. Mesuré en laboratoire dans un cadre documenté, rapporté par l'athlète ou son équipe sans contrôle indépendant, ou estimé par modèle à partir des performances. Confondre les trois, c'est déjà se tromper. Voici le vrai statut de chaque chiffre, à date.
Trois statuts, trois niveaux de confiance
| Athlète | Valeur qui circule | Statut réel |
|---|---|---|
| Kristian Blummenfelt (triathlon) | 101,1 mL/kg/min | Rapporté : test en laboratoire à Bergen, publié par l'athlète lui-même sur ses réseaux (janvier 2026). Pas de publication scientifique contrôlée ; valeur discutée par plusieurs physiologistes. |
| Tadej Pogačar (cyclisme) | ≈ 96 (fourchette 90-102) | Estimé : deux modélisations publiées (Journal of Science and Cycling ; International Journal of Sports Physiology and Performance, 2026) à partir de ses puissances en montagne. Jamais de mesure publiée. |
| Jakob Ingebrigtsen (demi-fond) | rumeurs diverses | Inconnu : aucune valeur officielle publiée. Les chiffres qui circulent sont invérifiables. |
| Sabastian Sawe (marathon) | — | Inconnu : aucune donnée publique. |
| Yomif Kejelcha (fond, piste et route) | — | Inconnu : aucune donnée publique. |
| Repère historique : Oskar Svendsen (cyclisme) | ≈ 97 | Mesuré en 2012, à 18 ans, dans un cadre documenté : longtemps la référence haute de la littérature. |
Valeurs non-LE LAB relevées dans la presse spécialisée et les publications citées, à la date de mise à jour de cet article. Elles peuvent évoluer : c'est précisément le sujet.
Pogačar : le chiffre le plus discuté n'a jamais été mesuré publiquement
Les données physiologiques du Slovène sont un secret bien gardé. Ce qui existe, ce sont des estimations inverses : partir des puissances tenues en col (plus de 440 W sur des efforts de 17 à 40 minutes selon les analyses publiées), du poids, des conditions, et remonter à la consommation d'oxygène nécessaire. Une étude du physiologiste norvégien Ole Kristian Berg (Journal of Science and Cycling) aboutit à environ 96 mL/kg/min ; une seconde, publiée en 2026 dans l'International Journal of Sports Physiology and Performance, encadre entre 90 et 102 selon les hypothèses, moyenne proche de 96. Point de crédibilité intéressant : appliquée à Chris Froome, la méthode retrouve 82-89, cohérent avec ses ≈ 85 réellement mesurés en laboratoire en 2015.
Un modèle bien validé donne donc un encadrement sérieux. Mais un encadrement de 12 points n'est pas une mesure : c'est toute la différence entre estimer et mesurer, et elle vaut pour les champions comme pour toi.
Blummenfelt : 101,1, le chiffre qui divise
En janvier 2026, le Norvégien a publié sur ses réseaux les images d'un test en laboratoire à Bergen affichant 101,1 mL/kg/min, au-dessus de tout ce que la littérature documentait. Le chiffre est peut-être exact. Mais son statut est clair : auto-rapporté, sans publication contrôlée, avec les incertitudes habituelles de calibration d'analyseur. Et plusieurs analyses indépendantes notent que ses puissances en course ne collent pas avec un tel moteur : un athlète à 101 et 77 kg devrait produire des valeurs de puissance qu'on ne lui a jamais vues en compétition. La valeur mesurée la plus haute dans un cadre documenté reste celle d'Oskar Svendsen (≈ 97, en 2012, à 18 ans).
Leçon de physiologie au passage : une VO2max stratosphérique ne fait pas tout, sinon Blummenfelt roulerait plus vite que Pogačar. Ce qui transforme un moteur en performance, ce sont les seuils, l'économie de mouvement et la durabilité.
Ingebrigtsen, Sawe, Kejelcha : le silence des coureurs
Pour le champion olympique norvégien comme pour les stars kényane et éthiopienne de la route, aucune valeur officielle n'existe. Ce silence n'est pas un hasard : les données physiologiques sont un avantage concurrentiel, et les athlètes n'ont rien à gagner à les publier. Ce que la science sait en revanche, par les études menées sur l'élite du fond : des VO2max très élevées mais rarement records, compensées par une économie de course exceptionnelle. À VO2max égale, celui qui consomme moins d'oxygène à allure donnée gagne. C'est le rappel le plus utile de tout cet article : le chrono ne se lit jamais dans un seul chiffre.
Ce que ces chiffres changent pour toi
Rien, tant qu'on les regarde comme un classement de célébrités. Beaucoup, si on en tire les deux bonnes conclusions. Un : le statut d'un chiffre compte autant que le chiffre (mesuré, rapporté, estimé : trois niveaux de confiance différents). C'est vrai pour Pogačar, et c'est vrai pour ta montre : sur 189 athlètes testés au LAB, l'estimation de poignet surestimait la mesure directe dans 78 % des cas, avec un écart absolu moyen de 9,8 %. Deux : ta comparaison pertinente n'est pas Blummenfelt, ce sont les athlètes de ta tranche d'âge : chez les coureurs entraînés testés au LAB, les médianes vont de 47,9 (femmes 18-39) à 57,8 mL/kg/min (hommes 18-29). Le tableau complet est dans notre guide VO2max.
Questions fréquentes
Quelle est la VO2max de Tadej Pogačar ?
Jamais publiée. Les modélisations publiées en 2025-2026 l'estiment autour de 96 mL/kg/min, dans une fourchette de 90 à 102 selon les hypothèses.
Kristian Blummenfelt a-t-il vraiment 101 de VO2max ?
Le chiffre de 101,1 est auto-rapporté (janvier 2026, laboratoire de Bergen), sans publication scientifique contrôlée, et discuté par plusieurs physiologistes. Statut honnête : rapporté, pas validé.
Quelle est la plus haute VO2max jamais mesurée ?
Dans un cadre documenté : Oskar Svendsen, ≈ 97 mL/kg/min en 2012, à 18 ans. La valeur de Blummenfelt la dépasserait, mais sans validation scientifique.
Quelle est la VO2max de Jakob Ingebrigtsen ?
Aucune valeur officielle n'existe. Les chiffres qui circulent sont invérifiables.
Quelle VO2max faut-il pour être professionnel ?
Dans le cyclisme WorldTour masculin, un plancher autour de 80 mL/kg/min est souvent cité. Mais la VO2max n'est qu'un prérequis : seuils et économie de mouvement font la différence.
Eux estiment leurs rivaux. Toi, tu peux te mesurer.
Ta VO2max exacte, tes seuils et tes zones, mesurés par analyse des échanges gazeux : la même méthode de référence que les laboratoires qui testent l'élite.
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